Semer la crevette, récolter la tempête

Manger du poisson ou des crevettes élevées en Asie du Sud-Est, c’est risquer de participer indirectement à la disparition progressive des mangroves. Et le rôle de ces forêts uniques dans la protection des côtes est d’une actualité cruelle à l’heure ou le Myanmar (ancienne Birmanie) compte ses morts suite au passage du cyclone Nargis.

Des mangroves pour protéger les hommes

Si les mangroves n’avaient pas été détruites par l’homme, l’impact du cyclone sur les côtes birmanes aurait pû être considérablement diminué. C’est en substance la conclusion d’un communiqué de la FAO publié le 15 mai dernier suite au cyclone qui s’est abattu sur le Myanmar. «Ces dernières décennies, les forêts de mangroves ont été largement détruites sur les côtes du Myanmar, exposant davantage les communautés côtières aux dommages causés par les cyclones» indique le communiqué.

Avec leurs racines aériennes, leurs troncs et leurs branches enchevetrés, les forêts de mangroves sont particulièrement efficaces pour réduire la force des vagues. Elles agissent en véritable coupe-vent face aux raz-de-marée et permettent de réduire les effets dévastateurs des cyclones. «L’absence d’une forêt protectrice tampon [a] augmenté les risques pour les populations humaines dans de nombreux pays, notamment au Myanmar» expliquait Jan Heino, sous-directeur général de la FAO.

Résultat : les vagues de 3,5 mètres qui se sont abattues sur les côtes du pays ont eu un effet dévastateur, notamment dans la région d’Ayeyarwady . Manque de bol, cette région fait partie des cinq zones du pays qui forment le grenier alimentaire du Myanmar. Beaucoup de terres agricoles fertiles ont été inondées par l’eau de mer, hypothéquant la plantation du riz qui doit théoriquement démarrer début juin et menaçant de famine une population déjà exsangue.

Une disparition alarmante…

Les mangroves sont des forêts résistantes à l’eau de mer qui se développent dans les zones de balancement des marées sur les côtes tropicales. Parmi les écosystèmes les plus riches et les plus productifs de la planète, elles sont le refuge de nombreuses espèces menacées comme le Dugong, un mamifère marin à l’origine du mythe des sirènes (voir des images sur le site de l’encyclopédie de la vie).

Mais en l’espace de près de 30 ans, elles ont perdu 20 % de leur superficie mondiale estime la FAO dans son rapport «Les mangroves du monde 1980-2005» présenté fin janvier à l’occasion du 37ème anniversaire de la signature de la Convention de Ramsar sur les zones humides. Et c’est en Asie qu’on enregistre le plus fort recul de la mangrove depuis 1980 (atlas des mangroves disponible sur cette page du site de la FAO)

Le rapport note cependant une augmentation régulière de la superficie de ces forêts dans la Réserve de Sundarbans, au Bangladesh. Pays qui a été également touché par cyclone (Sidr) en novembre 2007, mais dont les effets mortels ont pu être réduits grâce à la mangrove.

…dont les causes sont notamment « alimentaires »

Les raisons de cette déforestation ? Principalement des changements d’utilisation de la terre, c’est-à-dire le développement de piscicultures, de basssins d’élevage de crevettes mais aussi de l’agriculture intensive et des infrastructures (dont touristiques). Et au Myanmar, «la zone de mangrove dans le delta d’Ayeyarwady, sévèrement touchée par le cyclone, est maintenant réduite de moitié par rapport à la superficie qu’elle couvrait en 1975» précise le communiqué de la FAO du 15 mai.

A l’heure actuelle, 3 poissons sur 4 consommés dans le monde (77% exactement en 2006 – voir autre communiqué de la FAO) proviennent des pays de développement et notamment d’Asie. La Chine produit notamment 70% du poisson d’elevage, et l’Asie de la région pacifique, 22%. Une augmentation de la production aquacole mondiale de 54 millions de tonnes (144 % par rapport à l’année 2001) est prévue d’ici l’an 2030 par les experts (FAO, 2002).

Depuis des années, les associations écologistes dénoncent le tribut colossal que font payer à la mangrove les élevages de crevettes en Asie du Sud-Est (voir Greenpeace) et estiment quant à eles que plus du tiers des mangroves tropicales ont été détruites au cours des vingt dernières années du fait de ces élevages.

Alors, lorsque vous faites vos courses : regardez les étiquettes et évitez tant que faire se peut les crevettes en provenance d’Asie du Sud Est !