le pouvoir d’achat.
Prix, pouvoir d’achat, émeutes de la faim, envolée des cours des matières premières alimentaires : retour sur les évènements qui ont marqué l’actu en lien avec la hausse des prix de l’alimentation. Et conclusion sur comment réduire la facture tout en aidant les populations des pays en développement.

LES FAITS

Tout commence en France par le pouvoir d’achat. La polémique est lancée avec la campagne présidentielle :

  • Nicolas Sarkozy se présente comme le candidat du pouvoir d’achat
  • 16 août 2007 : l’Express titre «Alimentation, menace sur les étiquettes»
  • Septembre : les Italiens descendent dans la rue pour manifester contre l’augmentation du prix des pâtes. Certains n’ont voulu y voir alors qu’une manifestation folklorique…
  • Octobre : Jean Ziegler, rapporteur des Nations Unies sur le droit à l’alimentation, et auteur de L’Empire de la honte, qualifie la tendance à la conversion des terres agricoles pour la production de biocarburants de «crime contre l’humanité» (voir la vidéo d’une itw)
  • Fin 2007 : des manifestations éclatent dans de nombreux pays dont l’Inde, le Sénégal et la Mauritanie pour dénoncer le renchérissement des denrées de base
  • Hiver 2007/2008 : la sécheresse en Australie et la rigueur de l’hiver en Ukraine anéantissent les récoltes des greniers du monde
  • 10 janvier 2008 : quelques jours avant le Sommet de Davos, le Forum Economique Mondial (l’ONG à l’origine du sommet) publie son rapport annuel sur «les risques mondiaux en 2008». L’insécurité alimentaire apparaît pour la première fois en deuxième position, juste après la crise des subprimes
  • Février : des « émeutes de la faim » violentes éclatent en Afrique de l’Ouest
  • 26 février : L’Institut National de la Consommation publie une étude (très critiquée) qui conclut à des hausses de prix pouvant aller jusqu’à 48% (constatés sur le beurre, les yaourts, pâtes, céréales, etc.) entre novembre et janvier (voir 60 millions de consommateurs)
  • 3 mars : le thème de l’émission Mots Croisés est «Hausse des prix : qui en profite ?» (voir l’émission en ligne)
  • Mi mars : l’Agence Américaine pour le Développement International (USAID) annonçe devoir restreindre l’aide alimentaire d’urgence accordée à certains Etats les plus pauvres. Idem pour le Programme Alimentaire Mondial qui devra rationner ses distributions s’il ne reçoit pas rapidement 500 millions de dollars de ses donateurs
  • Les articles dans la presse sur le sujet se multiplient (dont l’excellent article de Frédéric Lemaître dans Le Monde)
  • Début avril 2008 : Une note interne de l’ONU, dont le contenu est révélé par Le Monde estime que pour chaque augmentation de 1% du prix des denrées de base, ce sont 16 millions de personnes en plus qui sont placées devant un risque de famine
  • Robert Zoellick, président de la Banque Mondiale, crie l’urgence d’une mobilisation internationale en faveur des centaines de millions de personnes pour qui la nourriture représente plus de 75% du revenu et appelle à un New Deal alimentaire
  • 14 avril : le chef du gouvernement haïtien est renversé suite à des émeutes de la faim qui ont fait 6 morts
  • Libération publie la carte des confits et des manifestations liées à la hausse des prix

L’envolée des prix est en passe de provoquer une crise alimentaire mondiale selon l’ONU. Si la France est épargnée par les famines, le budget de tous les consommateurs est néanmoins touché de plein fouet. En Europe, la grande distribution est accusée de profiter de la situation pour pratiquer des prix élevés de façon injustifiée.

LE POINT DE VUE
Facteur d’instabilité géopolitique extrêmement important, l’augmentation des prix alimentaires pousse chaque jour de plus en plus de personnes devant un risque croissant de famine. Beurre, fromage, huiles, volailles, porc, fruits et légumes, céréales : de nombreuses denrées sont concernées.

Les causes de cette crise mondiale des prix sont nombreuses :

  • L’Inde et la Chine modifient très rapidement leurs habitudes alimentaires et consomment désormais plu de viande et de lait (un chinois est passé en cinquante ans d’une consommation annuelle de 10kg de viande à 40 kg)
  • La croissance démographique se poursuit : il y a 28,5 millions de bouches supplémentaires à nourrir par an
  • La flambée du prix du pétrole augmente d’autant le coût du transport des aliments et le prix des intrants agricoles (engrais, etc.) qui en sont dérivés
  • Le réchauffement climatique et les aléas qui l’accompagnent ont pour conséquence une fluctuation importante des rendements agricoles rendus de plus en plus incertains
  • De plus en plus de terres cultivables sont converties pour la production de biocarburants. Ces conversions sont encouragées par de généreuses subventions (notamment aux Etats Unis). Sucre, maïs, manioc et oléagineux sont ainsi détournés de leur finalité nourricière

En conséquence la production agricole augmente moins vite que la demande. Les stocks diminuent : ils n’ont jamais été aussi bas depuis 30 ans. Et la rareté faisant le prix…

Si la crise éclate aujourd’hui, comment faire pour nourrir alors une population mondiale de 9 milliards d’habitants en 2050 ? La Banque Mondiale vient de l’admettre (en faisant son mea culpa) dans son Rapport 2008 sur le Développement dans le Monde publié en octobre dernier : il faut refaire de l’agriculture une priorité du développement. Avec la raréfaction de l’eau, le réchauffement climatique et la demande alimentaire croissante, une véritable révolution est nécessaire.

PASSER A L’ACTION

Pour réduire la facture, plusieurs solutions : 

  • Réduisez votre consommation de viande. Son prix augmente fortement et de plus tous les médecins considèrent aujourd’hui que nous en mangeons trop
  • Choisissez les poissons en bas de la chaine alimentaire : non seulement se sont les meilleurs pour la santé (riches en oméga 3 et peu contaminés par les polluants), mais de plus, ce sont les moins chers et les moins menacés
  • Achetez via les circuits courts de distribution : cela permet d’éviter les intermédiaires et les surcoûts qui y sont liés. En clair, profitez de la convivialité des marchés
  • Achetez local et de saison : vous réduisez d’autant le surcoût dû au transport et à l’énergie utilisée pour chauffer les serres hors saison. Voir article Êtes vous locavores ou distavore?
  • Et enfin (dernière consolation) relativisez : dans certains pays en développement, le budget alimentaire représente 75% du revenu. Sachez qu’en France, la part consacrée à l’alimentation est passée de 25 à 14% entre 1960 et aujourd’hui…

En respectant ces principes pour manger mieux, non seulement vous réduirez la facture alimentaire mais en plus vous participerez à aider les populations des pays en développement à manger plus.